CONTEXTE
Depuis 2023, la certification périodique des professionnels de santé est une obligation individuelle pour tous les praticiens, dont les kinésithérapeutes.
Elle repose sur un cycle de 6 ans durant lequel chacun devra justifier d’actions réalisées dans 4 blocs :
– Actualiser leurs connaissances et leurs compétences,
– Renforcer la qualité de leurs pratiques professionnelles,
– Améliorer la relation avec leurs patients
– Mieux prendre en compte leur santé personnelle.
La certification s’inscrit dans la continuité du DPC, même s’il est encore trop tôt pour dire si le DPC tel que nous le connaissons perdurera. En tout cas, les actions réalisées actuellement au titre du DPC seront prises en compte dans cette certification.
Dans ce cadre, un dialogue nécessaire s’instaure entre deux acteurs clés. Le Collège de la Masso-kinésithérapie (CMK), en lien avec la Haute Autorité de Santé (HAS), a élaboré un référentiel définissant les actions éligibles dans chacun des blocs. De l’autre côté, l’Ordre des Masseurs-kinésithérapeutes (OMK) sera chargé de vérifier que chaque professionnel respecte bien cette obligation.
Nous avons souhaité, dans ce face à face, donner la parole à ces deux institutions afin d’avoir une idée plus précise de ce que représentera la certification au quotidien pour les kinésithérapeutes.
G.RALL – PRÉSIDENT DU SNMKR

La certification n’est pas une obligation nouvelle. L’exigence de compétence est inhérente aux professions de santé. Elle constitue la contrepartie de l’autonomie professionnelle accordée aux praticiens dans leurs choix de prise en charge, d’organisation et de soins. La certification périodique ne crée donc pas une obligation entièrement nouvelle : elle formalise une exigence déjà au cœur de l’exercice professionnel.
Dans cette logique, exercer implique de maintenir ses connaissances et ses compétences à jour afin de garantir des soins attentifs, consciencieux et conformes aux données de la science. La certification vise ainsi à rendre visible cet engagement continu envers les patients et la qualité des pratiques.
Une surveillance continue et un rôle d’alerte
L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes assure le suivi du parcours de certification dans une logique de proximité avec les professionnels. Son rôle ne se limite pas au contrôle : il repose aussi sur l’accompagnement et la prévention.
Tout au long du cycle, l’Ordre pourra consulter les données de suivi afin d’identifier les situations dans lesquelles un professionnel risquerait de ne pas remplir ses obligations dans les délais impartis. Des alertes préventives pourront alors être adressées au praticien, ainsi qu’à l’employeur pour les salariés. En cas de difficulté, un accompagnement spécifique pourra être proposé avec l’appui du Conseil National Professionnel. L’objectif affiché est de permettre une appropriation progressive du dispositif par l’ensemble de la profession.
Le contrôle au terme de la période
À l’issue du cycle de certification, l’Ordre disposera d’un délai pour vérifier la réalisation du programme minimal d’actions. Ce contrôle s’appuiera principalement sur le compte individuel « Ma Certif’Pro Santé », où seront archivés les justificatifs des actions et formations réalisées. Des documents complémentaires pourront être demandés si nécessaire. À l’issue de cette vérification, le professionnel sera officiellement informé de la validation ou non de son obligation.
Conséquences d’un manquement
La certification étant une obligation légale, son non-respect pourra entraîner des conséquences disciplinaires. Avant toute procédure, le professionnel sera invité à présenter ses observations écrites ou à être entendu. Par ailleurs, en cas de doute sérieux sur le maintien des compétences et la sécurité des patients, une procédure pour insuffisance professionnelle pourra également être engagée. L’Ordre affirme toutefois privilégier une approche progressive et pédagogique, fondée sur le dialogue, les alertes préventives et les possibilités de régularisation avant toute sanction.
Concernant le rôle de votre syndicat, il est essentiel dans l’appropriation du dispositif par les kinésithérapeutes. Au-delà de leur fonction de vigilance, ils pourront accompagner les professionnels et assurer un lien entre la profession, les instances ordinales et les pouvoirs publics.

En route pour la certification périodique
Le Collège national professionnel de masso-kinésithérapie (CNPMK) a été mandaté par le législateur pour élaborer le référentiel de certification qui remplacera l’actuel DPC. Une commission professionnelle a été constituée il y a quatre ans, réunissant dix experts dont les travaux ont été remis à la DGOS en septembre 2025 et validés en l’état.
Nous entrons désormais dans la phase la plus importante : celle où la profession doit s’approprier ce nouveau dispositif.
La certification se déroulera sur un cycle de six ans renouvelable et reposera sur quatre blocs et huit actions à réaliser. Dit autrement : un cadre clair, lisible, et surtout adaptable à la réalité de chaque cabinet, de chaque pratique, de chaque parcours.
L’année 2027 sera une année test. Elle permettra de lancer des actions de communication, de répondre aux questions du terrain et d’ajuster les outils. Dans cette dynamique, le CNPMK travaille en coordination avec l’Ordre, afin de diffuser des messages cohérents et accessibles, construits par la commission professionnelle.
L’un des changements majeurs tient à la philosophie même du dispositif. Contrairement au DPC, fondé sur des orientations nationales parfois éloignées des besoins individuels, la certification permettra à chaque kinésithérapeute de construire un parcours personnalisé, en fonction de ses appétences et de ses réalités de terrain. Deux axes portent spécifiquement sur la relation patient–MK et, fait inédit, sur la santé du professionnel. La prise en compte des risques psychosociaux, dont l’impact sur notre pratique quotidienne est désormais mieux documenté, a été intégrée au référentiel.
Pour accompagner cette transition, le CNPMK proposera des formats variés : webinaires, podcasts, capsules thématiques adaptés aux usages des différentes générations et communautés professionnelles. L’objectif est clair : favoriser l’appropriation d’un dispositif qui ne repose plus uniquement sur la formation continue, mais sur une vision globale de l’amélioration des pratiques.
La réussite de cette réforme dépendra de l’adhésion des professionnels dès l’ouverture de la plateforme numérique Ma Certif Pro Santé, prévue en fin d’année. Dans un premier temps, la déclaration sera fondée sur l’auto-incrémentation, assortie d’un contrôle a posteriori.
Pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus, une session dédiée à la certification sera présentée lors du colloque du CNPMK le 4 juin à Paris. Ce sera l’occasion d’échanger directement avec les experts de la commission professionnelle et les différentes composantes du collège.