Quelle place pour les spécificités d’exercice ?

La richesse de la kinésithérapie repose sur la diversité de ses pratiques. Entre la prise en charge d’un enfant présentant un trouble du neurodéveloppement, un patient souffrant de douleur chronique, une entorse de cheville ou un vertige paroxystique bénin, nous mobilisons un même raisonnement clinique, mais des connaissances et des traitements parfois profondément différents. Cette diversité fait la force de notre profession, mais impose aussi un modèle conventionnel capable d’en reconnaître toutes les dimensions.

C’est précisément l’ambition du modèle conventionnel porté par le SNMKR : construire une cohérence économique, sans opposer nos pratiques ou nos spécificités. D’ailleurs aujourd’hui, certaines spécificités sont trop souvent oubliées dans les négociations conventionnelles.
Près de 70 % des actes relèvent du champ musculo-squelettique. Environ 9 % concernent la gériatrie, autour de 10 % les affections neuromusculaires. Toutes les autres spécificités représentent donc une part très réduite des actes :
• Rééducation maxillo faciale : 0,5 %
• Rééducation vestibulaire : 0,7 %
• Rééducation abdomino pelvienne : 1,7 %
• Et encore moins pour d’autres spécificités comme la rééducation des patients amputés, brûlés ou en soins palliatifs.

Deux erreurs stratégiques sont aujourd’hui commises lors des négociations de l’avenant 7 :

La première consiste à croire qu’une augmentation uniforme de la lettre clé résoudrait tout. En réalité, cette logique profite surtout aux champs majoritaires et corrige peu la sous-valorisation des spécificités, déjà fragilisées.

La seconde consiste à considérer qu’une négociation doit privilégier la majorité. Cette logique a conduit, par e passé, à concentrer certaines revalorisations sur les actes les plus fréquents, au détriment de nombreuses spécificités. Une convention ne doit pas arbitrer entre disciplines visibles et disciplines minoritaires ; elle doit organiser leur reconnaissance.

C’est pourquoi le modèle du SNMKR repose sur une réponse différenciée selon les réalités d’exercice, en distinguant trois grandes familles de prises en charge :
1. Les soins musculo-squelettiques
2. Les spécificités à fort enjeu de santé publique, par leur forte prévalence et incidence
3. Les spécificités peu pratiquées.

Nous nous concentrerons dans cet article sur les deux dernières.

Pour les spécificités peu pratiquées – vestibulaire, périnéo sphinctérienne, deux orientations sont indispensables.

D’abord, revaloriser des actes parfois encore moins valorisés que certains soins musculo-squelettiques, ce qui n’est pas cohérent au regard du niveau d’expertise mobilisé.

Ensuite, reconnaître davantage les premières séances, à travers une majoration dédiée, car dans ces pratiques, l’évaluation initiale, le bilan et la stratégie thérapeutique prennent une place centrale.

Cette orientation, construite en lien avec les sociétés savantes, répond aussi à un enjeu de pertinence : mieux valoriser les soins justifiés, sans encourager des prises en charge répétitives ou non pertinentes.

C’est également le sens de la réforme du bilan portée par le SNMKR, avec un bilan initial renforcé et un bilan de suivi tous les trois mois, pour replacer l’évaluation au cœur de la pratique. Dans ces spécificités, d’après les données de l’Assurance Maladie, les patients sont souvent moins âgés, moins fréquemment en ALD, et les situations plus souvent aiguës que chroniques. Dans ce contexte, le forfait patientèle n’est pas l’outil principal ; la réponse doit passer clairement par la valorisation des actes.

À l’inverse, les spécificités à fort enjeu de santé publique – neurologie, respiratoire, affections vasculaires notamment – relèvent d’une autre logique. L’enjeu premier est une convergence des tarifs entre actes comparables, pour corriger des incohérences parfois injustifiables. Il n’est pas cohérent que certains actes neurologiques restent moins valorisés que d’autres pour une pertinence clinique équivalente.

Mais cette convergence doit être complétée par le forfait patientèle porté par le SNMKR, car ces prises en charge concernent souvent des patients chroniques, en ALD, âgés, vulnérables ou nécessitant des soins à domicile.

C’est là que le forfait prend tout son sens : reconnaître la complexité de la patientèle suivie – précarité, dépendance, chronicité, âge – sans faire reposer cette reconnaissance sur une logique de volume d’actes, qui peut encourager une course à l’acte peu pertinente et coûteuse pour le système. C’est toute la cohérence du modèle que nous proposons.

Parce que les situations sont différentes, les réponses conventionnelles doivent l’être aussi.
Les spécificités peu pratiquées appellent une forte revalorisation des actes et une majoration des premières séances.
Les pathologies à fort enjeu de santé publique nécessitent une convergence tarifaire, complétée par un forfait patientèle reconnaissant la complexité des suivis.

Autrement dit, le modèle conventionnel du SNMKR ne propose pas une réponse uniforme à des réalités hétérogènes. Il adapte les outils conventionnels aux besoins propres de chaque champ d’exercice.

C’est cette approche différenciée qui permet à la fois de reconnaître les spécificités, de soutenir la pertinence des soins et de construire un modèle économique plus juste pour l’ensemble de la profession.

G. RALL – PRÉSIDENT DU SNMKR

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