Le journal régional Le Progrès s’est intéressé ce lundi 18 janvier à deux jeunes APA de 25 ans, exerçant dans une maison de retraite dans le Jura. A priori rien de nouveau, nous savons que depuis des mois, les institutions de santé recrutent des APA à tour de bras. Mais cet article nous a interpelés lorsqu’un des deux APA décrit sa profession de cette manière : «  Notre travail consiste à faire le travail du kiné sans les massages ».

ART APA

Le SNMKR s’était déjà exprimé sur l’adoption dans la nouvelle loi de santé de la  prescription d’activités physiques et sportives. Nous avons exposé nos craintes quant aux dérives et aux dangers possibles liés à une déréglementation d’une partie de notre profession en ouvrant à des non-professionnels de santé la possibilité de prendre en charge des patients lourdement atteints.

Cette phrase de cet APA symbolise nos craintes. Il n’est pas question de faire un procès à ces jeunes APA, mais d’interroger les pouvoirs publics sur la dérèglementation de notre profession.

Si aujourd’hui, un APA décrit son métier comme celui « d’un kinésithérapeute sans massage », c’est qu’au long de sa formation, ses enseignants lui ont expliqué qu’il aura le même rôle que le nôtre. Sauf que nous n’avons pas le même champ de compétences et qu’ils ne sont pas des professionnels de santé.

Cet événement doit également nous questionner sur le recrutement des kinésithérapeutes dans les institutions de santé.

La sous-évaluation du numerus clausus et la mauvaise répartition de nos confrères sur le territoire pénalisent le recrutement de kinésithérapeutes dans les établissements de santé et viennent aggraver une désaffection pour des carrières dont les salaires ne sont pas à la hauteur des compétences mises en œuvre.

Face à cette situation, les pouvoirs publics doivent encourager le recrutement de kinésithérapeutes dans les institutions de santé en augmentant le numerus clausus et en favorisant un salaire attractif.

Sans action de leur part, les institutions de santé se tourneront de plus en plus vers les APA qui ne bénéficient d’aucune réglementation et qui financièrement sont moins couteux que les kinésithérapeutes. Nous craignons qu’à terme, les APA deviennent pour les établissements de santé des « kinésithérapeutes low cost ».

Nous ne pouvons accepter cette dérèglementation de notre profession qui conduira à terme à « l’ubérisation » de la kinésithérapie, débordée par des non-professionnels de santé à qui l’on aura confié nos missions sans qu’ils en aient les compétences.

Le SNMKR refuse cette voie et demande aux pouvoirs publics de clarifier la situation. Soit on ouvre la profession à la concurrence en offrant à d’autres professions nos compétences et on nous donne l’accès direct et les mêmes avantages dont le droit à la publicité, par exemple. Soit nous restons une profession réglementée avec ses avantages, mais aussi avec ses inconvénients et nous restons protégés par notre ministère de tutelle.

Aujourd’hui, les kinésithérapeutes ne sont plus protégés alors que notre profession est toujours règlementée. Cet avenir pour la kinésithérapie exaspère de plus en plus nos confrères qui travaillent durement, mais qui ne peuvent pas protéger seuls.

 


4 responses to “« Notre travail consiste à faire le travail du kiné sans les massages »

  1. Avez-vous imaginé que dans certaines structures, le travail kinésithérapeute/apa puisse se faire en bonne collaboration? Qu’il puisse exister une complémentarité ? Que cela puisse amener un bénéfice pour le patient. Heureusement, dans de nombreux centres, ils existent un respect du travail de l’autre et des compétences métiers sans dérives.
    Existe-t-il une étude qui répondrait à l’hypothèse suivante : ajout de l’APA augmente la DMS, donc ralenti la récupération des patients ?
    Je suis pleinement pour l’ajout de l’Apa dans les établissements et totalement contre la disparition de la technicité des kinésithérapeutes.
    La présentation dans cet article de l’apa est fait très maladroitement… Et vous pouvez trouver la même de définition pour les ergothérapeutes….
    Le recrutement MK en salariat est un véritable casse-tête ! Remplacement court, long, CDI….même problématique.
    Lors de la réforme des études, est-ce que la pénurie de kinésithérapeutes en salariat a été soulevée ?… Une solution simple et efficace : après l’obtention du diplôme exercice de minimum 2 ans en établissement….avant de pouvoir exercer en libéral, vous vrerez que les établissements qui font le choix de remplacer les kinésithérapeutes par des EAPA suite à des grosses problématiques de recrutement seront considérablement réduits… Cela est bien sûr mon option.
    Ce que nous lisons dans cet article et qu’il faut souligner, l’établissement est toujours en recherche d’un kinésithérapeute, et enfin je lis aussi que les patients sont stimulés !!! Et il ne s’agit pas là une ubérisation du système.
    Il faut replacer le patient au cœur du dispositif, je préfére qu’un patient soit stimulé plutôt qu’il soit malheureusement contraint de voir les jours passés dans l’attente d’un éventuel kinésithérapeute….

  2. Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde,surtout que, les kinésithérapeutes sont pour beaucoup débordés et en maisons de retraite j’ai pu en croiser qui faisaient disons le franchement « de la merde »où la personne âgée est une séance alimentaire bouclée en 10 minutes…ayant par ailleurs croisé des personnes APA prenant grand soin de ces personnes âgées!
    Après je ne généralise surtout pas et heureusement la plupart des kinésithérapeutes sont avant tout humains et soucieux du bien être du patient,mais je ne pense pas que les APA prendront notre « job »!!!

  3. Je ne pense pas qu’il y a de la place pour tout le monde… Les APA appartiennent à une profession très jeune, nouvelle et dynamique par essence, en concurrence frontale avec la kinésithérapie. La définition de leur profession : « Le professionnel a pour vocation de participer à la conception, la conduite et l’évaluation de programmes de prévention, de réadaptation ou/et d’intégration par l’activité physique adaptée auprès de groupes de personnes relevant des catégories suivantes : troubles fonctionnels et métaboliques, troubles sensoriels et moteurs, troubles du comportement et de la personnalité, déficiences intellectuelles, inadaptation sociale, troubles liés au vieillissement, maladies chroniques ou létales… ». Ajoutez ceci : « Pour coordonner la mise en place des projets en APA d’une structure (établissement, réseau, association…), le professionnel doit obtenir un master en APA. Ce master complète les compétences acquises à l’issue de la licence APA et répond à des besoins scientifiques, technologiques et managériaux de l’organisme employeur. Ce métier de cadre en APA exige d’acquérir une qualification de haut niveau permettant d’accéder à des postes de responsabilité. Le professionnel maîtrise l’élaboration, le développement, la gestion et l’évaluation des programmes en APA. Il coordonne et forme le personnel. (c’est bien un sous APA qui ferra la « gym » le dimanche après midi dans les ehpad) Son expérience professionnelle devient ici un atout. » Le kinésithérapeute est toujours qualifié d’auxiliaire médicale, est toujours prescrit, alors si vous pensez qu’il y a de la place pour tout le monde c’est que vous êtes dans le coma…Je sais, les kinés auront le master 2 dans bientôt pas longtemps.

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