Slah-Eddine Dhaouadi, kinésithérapeute dans les Bouches-du-Rhône depuis 2008 nous raconte comment la CPAM tente d’influencer les kinésithérapeutes et les médecins généralistes pour que les patients âgés de plus de 75 ans soient cotés systématiquement AMK 6, quelle que soit leur pathologie.

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La CPAM vous a contacté il y a quelques jours pour vous rencontrer. Comment cet échange s’est il passé ?

L’échange s’est déroulé en 2 temps. Une première employée de la CPAM de St Louis à Marseille me propose un rendez-vous d’environ 30 minutes dans son bureau pour nous présenter des statistiques sur notre activité (Mr Dhaouadi travaille avec 5 autres confrères ndlr). Connaissant les difficultés de circulation et ayant eu vent du véritable contenu de ces fameux rendez-vous, j’ai refusé de me déplacer, mais je lui ai proposé de nous rencontrer tous les 3 au cabinet. Ne pouvant pas venir pour cause de restriction budgétaire, elle transfère ma proposition à une collègue de Gardanne qui me rappelle le lendemain.

Le second appel a été moins cordial. Tout de suite, mon interlocutrice m’impose un jour et un horaire en plein milieu de l’après-midi. Nous refusons, car 2 d’entre nous sont à domicile l’après-midi et le 3ème est en plein « rush », mais en retour, je lui propose n’importe quel jour entre 12h et 14h. Refus de sa part, elle m’explique qu’elle travaille beaucoup et nous nous écartons du sujet jusqu’à ce qu’elle m’affirme que quand M. Fillon sera au pouvoir, nous libéraux n’auront plus de boulot. Je lui explique alors que si c’est pour entendre ce genre de propos, je refusais catégoriquement le rendez-vous.

Entre-temps, j’arrive à lui tirer les vers du nez et elle m’explique que je ne facture pas assez d’AMK6. Déjà passablement énervé, je lui explique alors que j’applique les cotations en fonction de mon bilan et de la NGAP, et que je n’ai pas de compte à rendre au personnel administratif de la CPAM sur des questions protégées par le secret médical.

Quelques jours plus tard, quelle a été votre réaction lorsqu’un de vos patients vous a montré sa nouvelle ordonnance cotée AMK 6 ?

A peine surpris, car j’ai déjà eu vent via les réseaux sociaux de ce genre de pratique. Le plus surprenant est que l’ordonnance n’a ni queue ni tête : pour un patient en ALD atteint de la maladie de Parkinson, le libellé indique une rééducation des 4 membres et du rachis, avec la mention AMK6.

Je sais que je suis protégé par mon bilan, mais la CPAM ne prend pas malheureusement notre expertise en compte. Elle m’enverra par son « médecin conseil » une demande de décote en AMK, que je devrais contester par le CRA, le TASS avant de pouvoir me défendre devant une véritable juridiction impartiale. C’est long et stressant, comme si nos journées n’étaient déjà pas assez fatigantes.

À la suite de cet événement, vous avez réussi à vous procurer une liste envoyée par la CPAM à un médecin généraliste l’incitant à opérer une décote.

Oui en effet, cette liste envoyée ne comporte que des patients de plus de 75 ans non cotés en AMK6 et soignés par le médecin. L’âge des patients est noté dans la liste en dessous de leur nom. Parmi les membres de cette liste, je m’occupe que de deux personnes âgées.

Cette liste est accompagnée d’une notice explicative destinée à tous les médecins leur expliquant comment rédiger les ordonnances pour l’aide à la marche chez le sujet âgé. On y trouve notamment un court extrait de la NGAP, mais uniquement l’article 9 sur la déambulation du sujet âgé.

Je n’ai pas contacté personnellement la CPAM mais, les retours que j’ai eu de ces réunions montrent, d’une part, que le personnel administratif qui reçoit les confrères est buté et ne fait que descendre le message qui vient d’en haut, et d’autre part, les « médecins-conseil » qui contactent ou rencontrent les prescripteurs sont encore plus butés, agressifs, méprisants vis-à-vis de notre profession. Ils affirment à qui veut bien les entendre que les patients âgés de plus de 75 ans doivent être cotés AMK6, quelle que soit leur pathologie.

Enfin, je pense que les motivations de la CPAM sont purement et simplement économiques.

Selon vous, pourquoi les médecins suivent les recommandations de la CPAM en faisant abstraction des pathologies des patients ?

D’abord parce qu’ils ne connaissent pas assez bien voire pas du tout notre métier. Encore moins la NGAP et toutes les cotations que nous pouvons appliquer. Je ne leur en veux même pas, ils n’ont pas le temps de venir nous voir travailler ni de lire nos bilans tant ils sont écrasés par la paperasse.

De plus, et c’est un avis très personnel, depuis la généralisation du tiers-payant, les médecins sont comme nous à la merci du bon vouloir de la CPAM de les payer ou non. Ils subissent selon eux des pressions diverses pour moins prescrire des actes de masso-kinésithérapie.